vendredi 27 novembre 2009

Côme du Rondeau

- Vous voyez... la guerre... Il y a plusieurs années que je fais le mieux que je puis une chose affreuse : la guerre... et tout cela pour un idéal que je ne saurais presque expliquer moi-même...
- Moi aussi, lui répondit Côme, il y a bien des années que je vis pour un idéal que je ne saurais pas m'expliquer ; mais je fais une chose tout à fait bonne : je vis dans les arbres.
De mélancolique, l'officier était devenu nerveux.
- Alors, dit-il, je dois m'en aller.
Il fit le salut militaire.
- Adieu, monsieur... quel est votre nom ?
- Baron Côme du Rondeau, cria Côme à l'autre qui partait déjà. Prochtchaïte, gospodine... Et le vôtre ?
- Je suis le prince André... et le galop du cheval emporta le nom de famille.







Fin du roman d'Italo Calvino Le baron perché.
Magnifique gravure sur zinc de Solenn Larnicol, issue de son blog à découvrir ici.

vendredi 20 novembre 2009

La liste de Schindler








lundi 16 novembre 2009

Une femme

C'est une femme dont je sais très peu de choses.
Le 1er novembre, à la Toussaint donc, un membre de ma famille nous a envoyé par mail un lien que j'ai négligé jusqu'à il y a quelques jours. Ce que j'y ai découvert m'a laissée sans voix. Des photos d'elle... Je n'en connaissais que deux ou trois. C'est une femme dont j'ai peu entendu parler. Longtemps, son prénom est resté tabou dans la famille, son départ étant survenu beaucoup trop tôt. Il m'est parfois arrivé d'évoquer sa mémoire avec pudeur et difficulté, en recourant plutôt à des périphrases : la mère de papa, la femme de Grand-Père. Mais jamais Grand-Mère. Et l'appeler par son prénom me faisait l'effet d'un dédoublement.
Quelques traces d'elle : une perle d'ivoire, une boîte à couture et un prénom. Elle est sans aucun doute à l'origine de ce blog. On m'a dit que je lui ressemblais, je ne m'y vois pas.
Elle s'appelait Marie, elle était sublime et c'était ma grand-mère.




vendredi 6 novembre 2009

La mercerie de Marie-France Dubromel

Les "Histoires de vécu" de Marie-France Dubromel sont racontées par des hommes et des femmes de tous âges, sur des pièces de linge reprisées, recueillies dans des brocantes. Cette mémoire du linge est retracée au fil rouge, à l'image du marquage utilisé par les blanchisseries, jusqu'à la fin des années 1960, pour identifier le linge.

Le linge et son marquage sont forcément l'occasion de raconter des histoires de prénoms, de noms, d'initiales... Quel nom, quel prénom, le mien, le sien, jeune-fille ou femme mariée ? Le linge, plus solide que le papier photo, en dit sans doute long sur les générations passées, l'intimité des individus, discrètement. Le travail de Marie-France Dubromel sert ainsi de révélateur.

Il sera présenté du 7 au 31 janvier 2010 à Viroflay, à l'occasion de l'exposition collective "Suivez le fil rouge".
















Jolie découverte via Florizelle, bien sûr... who else?

lundi 19 octobre 2009

Escapade à Mers-les-Bains




Découverte ce week-end de Mers-les-Bains, station balnéaire aux superbes façades Belle Epoque. Toutes les maisons portent un nom bien sûr, et parfois un prénom.



















vendredi 16 octobre 2009

Le nom-de-l'Arabe, le nom-du-Noir, le nom-du-Juif

Article publié le 23.09.09 à la suite de celui de Mustapha Kessous.

"Des Noms pas Propres


chronique : Des Noms pas Propres
par Léon-Marc Levy

Il y a des noms propres qui portent en eux-mêmes un statut de signifiant pur, détaché de la désignation d'une personne physique. Mustapha. N'Diaye. Lévy. Droit dans le symptôme de notre France profonde dans laquelle le pétainisme, le colonialisme, ont été tout, sauf des accidents. Prénoms et noms sont détournés de leur destination, ils cessent de décliner une identité. Ils deviennent le nom-de-l'Arabe, le nom-du-Noir, le nom-du-Juif.

Mustapha Kessous dans son témoignage nous dit, avec élégance et pudeur, les blessures du Mustapha qu'il est. Pour Lévy, je peux témoigner que c'est un peu plus compliqué. Le symptôme haineux se montre moins. Plus exactement, il emprunte des chemins plus détournés parce que, visiblement, il a du mal à se montrer. Je ne crois pas que, pour autant, la haine du Juif soit moindre que la haine de l'Arabe. Loin s'en faut. Et, dans tous les cas, quel sens aurait une "hiérarchie des phobies", un "Palmarès des haines" ? Il faudrait plutôt chercher du côté du tabou. "Je n'aime pas les Arabes" est une déclaration beaucoup plus imaginable aujourd'hui que "je n'aime pas les Juifs". Plus qu'imaginable d'ailleurs, carrément fréquente, assumée par le locuteur. Poids de la Shoah ? Sûrement. Crainte de l'assimilation aux thèses révisionnistes ? Oui. Promptitude des organisations juives et anti-racistes à dénoncer l'antisémitisme ? Il y a des chances. En tout cas, c'est plus compliqué.

Mais ça fonctionne quand même ! Petite altercation avec un vigile au bas de mon immeuble et que je ne connais pas : "Qui êtes-vous ?" "M. Lévy, du 3ème étage" "Ah ! Ca ne m'étonne pas !" Quoi ? Que je sois du 3ème étage ?

Chronique au "Monde.fr", signée bien sûr de mon prénom et de mon nom. Réaction "gentille" d'abonné : "M. Levy défend les intérêts de sa communauté" Ah bon ? Quelle communauté ? Je ne fais dans ma chronique aucune allusion à aucune appartenance à aucune communauté ! Cette réaction m'intègre, sans mon consentement, à une identité collective !

Plaisanterie anodine entre collègues : "Pour l'argent, il faut demander à Levy, il s'y connaît !"

Je m'arrête. Mon propos n'est pas de recommencer, au nom du Juif cette fois, le magnifique et émouvant témoignage de Mustapha Kessous. De toutes façons j'aurais du mal car, encore une fois, les blessures que j'ai pu subir du fait de mon nom sont infiniment moins fréquentes, moins rudes, moins ouvertes que celles que doit subir un Arabe, tous les jours, au travail, dans la rue, devant le guichet d'une administration ou à la porte d'une boîte de nuit.

Mon propos, c'est le nom qui tue. Le nom sans homme. Le nom propre qui devient nom commun pour charrier la haine collective de l'Autre. M. Arabe Kessous. M. Léon-Marc Juif. C'est meurtrier, tout le monde le sait. La police de Vichy travaillait comme ça : des listes de noms qui donnaient des listes de Juifs avant de donner des listes de déportés et des listes de morts. Et de donner, au bout du cauchemar, les murs de Yad Vashem.

Benoîtement, une lectrice du "Monde" dans une réaction à l'article de M. Kessous, lui propose de changer de nom, de "tuer" son nom !! Comme pour illustrer que la pulsion est bien meurtrière !

Dans "M. Klein" de Joseph Losey, Alain Delon n'est pas Juif. Mais il est homonyme d'un Juif possible. L'hypothèse d'un Juif en quelque sorte. Le nom-sans-homme le fait basculer du côté des victimes de la haine. C'est que la haine raciale ne porte pas sur des individus en tant qu'individus. Elle porte sur une entité haïe. Tout le monde a entendu la pitoyable "défense" : "Mais je ne suis pas antisémite, d'ailleurs j'ai des amis Juifs". Ca marche aussi, bien sûr, avec les "amis Arabes, Noirs, Asiatiques..." Et alors ? Qu'est-ce que ça prouve ? La machine infernale du racisme n'a que faire du "vrai" Mustapha Kessous. D'ailleurs, si elle avait à en faire, elle serait bien embêtée : il est journaliste. Au "Monde" ! C'est forcément un type bien, honorable en tout cas. Non. La Machine infernale ne veut que "Mustapha", le nom coupé de l'homme, le nom honni de l'Arabe.

Il est habituel d'entendre des discours de colère ordinaire contre le racisme ordinaire. Et si cette fois nous donnions suite au témoignage de M. Mustapha Kessous ? Lequel d'entre nous n'a pas assisté à une de ces scènes "banales" de racisme anti-arabe ou d'islamophobie ? Si on décidait, certains le font déjà bien sûr, de ne plus laisser faire, de ne plus se taire, de ne plus tolérer que quiconque soit identifié à un visage ou un nom ? Le début du chemin dépend sûrement de chacun de nous. Pour en finir avec les Noms pas Propres."

Voici un extrait du film dont parle Léon-Marc Levy, Monsieur Klein. C'est la fin du film, des personnes sont appelées par leur nom au mégaphone. On entend "Robert Klein" qui résonne en même temps comme son salut et comme sa perte.




mercredi 14 octobre 2009

Via "Fred de Mai"

L’idée est simple, taper un prénom dans google et voir quels sont les blogueurs qui arrivent en première page de recherche puis comparer leur position avec des célébrités de même prénom. Très utile pour jouer au blogueur influent lors des soirées de blogueurs :

« Et toi, c’est quoi ton URL ?

Tape mon prénom dans google et tu me trouveras en première position »

Effet garanti !

Que c’est bon d’être un blogueur égocentrique et imbuvable.

A vos prénoms, prêts, partez !

Aziz : coup double pour Aziz Haddad (un et trois) devant Aziz Senni qui pourtant avait pris l’ascenseur

Boris : Boris Schapira entre Boris et Boris Vian

Brice : Brice Mazenod surfe sur la tête de Brice

Charles : Une superbe deuxième place pour Charles Liebert (même si l’adresse a changé) qui devance sans complexe Charles Aznavour et Baudelaire.

Christophe : Le Chanteur Christophe devant Christophe Ginisty et Christophe Barbier.

Cyrille : Cyrille Borne et Cyrille Chaudoit devant Cyrille Grobost

Damien : Une page remplie de blogueurs où Damien Mathieu devance Damien de Blignières, Damien de Befaure, Damien de pwet.fr et Damien Anfroy.

David : David Vendetta avec son blog 2.5 dépasse David Larlet, David Turgeon, David Michaud et David Halliday

Denis : Denis photographe amateur de talent devant Denis Rouvre photographe pro de talent.

Emery : Emery Doligé fume ses adversaires.

Eric : Talonnant Eric et Ramzy, on trouve Eric Maillard suivi de près par Eric Dupin.

Fabien : C’est la mêlée des Fabiens, Thomas, Pretre , Arkhi, feub et fablog poussés par Fabien Pelous.

François : François Gombert élu devant Bayrou et mrboo.

Fred : Juste derrière le célèbre joaillier Fred, Fred de Mai trop heureux de devancer Omar et Fred, Fred Cavazza et le Blog de Fred.

Gonzague : Gonzague juste devant la marée Gonzague Dambricourt

Greg : le blog de Greg qui disparait chez les Grégory pour laisser la place à Grégory Lemarchal.

Guillaume : Derrière Guillaume Canet , Guillaume Frat et Guillaume Lecoz.

Henri : Juste derrière Henri Dès (qui blog aussi), Henri Kaufman et Henri Labarre.

Icarius : Icarius presque au sommet

Jacques : Après Attali et Tati, viennent Jacques Froissant et le monde de Jacques

Laurent : Laurent gloaguen qui tangue entre Laurent Ruquier et Laurent Jalabert mais aussi Laurent Bourelly et Laurent Jouanneau.

Loïc : Le roi Loïc Le Meur trône sur sa page devant Loïc Leferme qui plonge et un autre blogueur Loïc Chollier

Mehdi : un chanteur, un Dj et un blogueur

Olivier : A l’ombre de l’olivier, Olivier Meunier et Olivier Mermet

Pierre : Pierre Desproges éternel devant Pierre Chappaz dans les neiges éternelles.

Regis : Rien ! Non je déconne, pas con ce Régis

Richard : Richard Ying atteint son objectif devant Gotainer et Gasquet

Rudy : Rudy Gossin plus fort que le cochon

Simon : Simon et Simon Robic sous Chef.

Thomas : Thomas Quinot, Thomas Bassetto et Thomas Petazzoni devant Thomas Dutronc.

Ulrich : Ulrich Rozier, facile.

Vincent : Soit dit en passant, le blog de Vincent est devant Vincent Van Gogh

William : Après William Gallas il y a William Rejaut qui a perdu sa suprématie du Ron.

Xavier : Sous un plateau, on trouve Xavier Broderie, Xavier blog bilingue et Xavier Gottar

Xuoan : main mise sur google de Xuoan

Yannick : Yannick Lejeune trouve sa place dans une page très Yannick Noah."


Pas beaucoup de filles dans cette liste, mais Fred de Mai a promis de s'y atteler... alors dépêchez-vous de vous rendre populaire !

mardi 13 octobre 2009

Monogrammes d'artistes de la Sécession viennoise


3e rangée et 2e colonne : Gustav Klimt
4e rangée et 3e colonne : Koloman Moser

lundi 12 octobre 2009

A l'inverse...

Ben ouais, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne, n'est-ce pas.

Jean Sarkozy : "tout le monde plie parce qu'il a le nom qu'il a", selon l'écologiste Cécile Duflot

PARIS — Cécile Duflot (Verts) a dénoncé samedi sur France Info la très probable arrivée de Jean Sarkozy à la tête de l'Etablissement public d'aménagement du quartier d'affaires de La Défense (Epad) estimant que "tout le monde plie parce qu'il a le nom qu'il a".

"Dès qu'on sort des limites de l'Hexagone, les gens trouvent ça juste invraisemblable, inouï. Inouï que le fils du président de la République, à 23 ans, puisse devenir président d'un établissement public avec un (tel) budget", a déclaré la secrétaire nationale des Verts.

"Il ose tout. Après, tout le monde plie parce qu'il a le nom qu'il a", a-t-elle ajouté tout en soulignant que "les gens (ne doivent pas) être victimes de leur nom" et que Jean Sarkozy "a le droit d'avoir une vie politique bien qu'il soit le fils de son père".

Cécile Duflot "aurait préféré qu'il se lance dans une carrière politique pas exactement dans la ville ni le département où son père s'est illustré. Ca aurait montré un peu plus de distance".

"On s'est beaucoup indigné de ce qui se passait dans le département des Hauts-de-Seine. Je crois que ça continue et que ce n'est qu'une illustration de ce qui se passe", a-t-elle poursuivi.

Le fils cadet du président Nicolas Sarkozy a obtenu jeudi le soutien de la majorité (UMP-NC) dans les Hauts-de-Seine pour prendre la tête de l'Epad.

Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés.

samedi 26 septembre 2009

Mustapha

"Le Monde" a demandé à un de ses journalistes, Mustapha Kessous, 30 ans, d'écrire ce qu'il racontait en aparté à ses collègues : les préjugés contre les Maghrébins, qui empoisonnent sa vie privée et professionnelle.

Récit

Moi, Mustapha Kessous, journaliste au "Monde" et victime du racisme









Brice Hortefeux a trop d'humour. Je le sais, il m'a fait une blague un jour. Jeudi 24 avril 2008. Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale doit me recevoir dans son majestueux bureau. Un rendez-vous pour parler des grèves de sans-papiers dans des entreprises. Je ne l'avais jamais rencontré. Je patiente avec ma collègue Laetitia Van Eeckhout dans cet hôtel particulier de la République. Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche : "Vous avez vos papiers ?"

Trois mois plus tard, lundi 7 juillet, jour de mes 29 ans. Je couvre le Tour de France. Je prépare un article sur ces gens qui peuplent le bord des routes. Sur le bitume mouillé près de Blain (Loire-Atlantique), je m'approche d'une famille surexcitée par le passage de la caravane, pour bavarder. "Je te parle pas, à toi", me jette un jeune homme, la vingtaine. A côté de moi, mon collègue Benoît Hopkin n'a aucun souci à discuter avec cette "France profonde". Il m'avouera plus tard que, lorsque nous nous sommes accrédités, une employée de l'organisation l'a appelé pour savoir si j'étais bien son... chauffeur.

Je pensais que ma "qualité" de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux "défauts" : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. Je croyais que ma carte de presse allait me protéger des "crochets" balancés par des gens obsédés par les origines et les apparences. Mais quels que soient le sujet, l'endroit, la population, les préjugés sont poisseux.

J'en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet "apartheid mental", lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. A quoi bon me présenter comme journaliste au Monde, on ne me croit pas. Certains n'hésitent pas à appeler le siège pour signaler qu'"un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde !"

Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom lorsque je me présente au téléphone : c'est toujours "M. Kessous". Depuis 2001, depuis que je suis journaliste, à la rédaction de Lyon Capital puis à celle du Monde, "M. Kessous", ça passe mieux : on n'imagine pas que le reporter est "rebeu". Le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, m'avait avoué, en souriant : "Je croyais que vous étiez de notre communauté."

J'ai dû amputer une partie de mon identité, j'ai dû effacer ce prénom arabe de mes conversations. Dire Mustapha, c'est prendre le risque de voir votre interlocuteur refuser de vous parler. Je me dis parfois que je suis parano, que je me trompe. Mais ça s'est si souvent produit...

A mon arrivée au journal, en juillet 2004, je pars pour l'île de la Barthelasse, près d'Avignon, couvrir un fait divers. Un gamin a été assassiné à la hachette par un Marocain. Je me retrouve devant la maison où s'est déroulé le drame, je frappe à la porte, et le cousin, la cinquantaine, qui a tenté de réanimer l'enfant en sang, me regarde froidement en me lançant : "J'aime pas les Arabes." Finalement, il me reçoit chez lui.

On pensait que le meurtrier s'était enfui de l'hôpital psychiatrique de l'endroit : j'appelle la direction, j'ai en ligne la responsable : "Bonjour, je suis M. Kessous du journal Le Monde..." Elle me dit être contente de me recevoir. Une fois sur place, la secrétaire lui signale ma présence. Une femme avec des béquilles me passe devant, je lui ouvre la porte, elle me dévisage sans me dire bonjour ni merci. "Il est où le journaliste du Monde ?", lance-t-elle. Juste derrière vous, Madame : je me présente. J'ai alors cru que cette directrice allait s'évanouir. Toujours pas de bonjour. "Vous avez votre carte de presse ?, me demande-t-elle. Vous avez une carte d'identité ?" "La prochaine fois, Madame, demandez qu'on vous faxe l'état civil, on gagnera du temps", riposté-je. Je suis parti, évidemment énervé, forcément désarmé, avant de me faire arrêter plus loin par la police qui croyait avoir... trouvé le suspect.

Quand le journal me demande de couvrir la révolte des banlieues en 2005, un membre du club Averroès, censé promouvoir la diversité, accuse Le Monde d'embaucher des fixeurs, ces guides que les journalistes paient dans les zones de guerre. Je suis seulement l'alibi d'un titre "donneur de leçons". L'Arabe de service, comme je l'ai si souvent entendu dire. Sur la Toile, des sites d'extrême droite pestent contre "l'immonde" quotidien de référence qui a recruté un "bougnoule " pour parler des cités.

Et pourtant, s'ils savaient à quel point la banlieue m'était étrangère. J'ai grandi dans un vétuste appartement au coeur des beaux quartiers de Lyon. En 1977, débarquant d'Algérie, ma mère avait eu l'intuition qu'il fallait vivre au centre-ville et non pas à l'extérieur pour espérer s'en sortir : nous étions parmi les rares Maghrébins du quartier Ainay. Pour que la réussite soit de mon côté, j'ai demandé à être éduqué dans une école catholique : j'ai vécu l'enfer ! "Retourne dans ton pays", "T'es pas chez toi ici", étaient les phrases chéries de certains professeurs et élèves.

Le 21 décembre 2007, je termine une session de perfectionnement dans une école de journalisme. Lors de l'oral qui clôt cette formation, le jury, composé de professionnels, me pose de drôles de questions : "Etes-vous musulman ? Que pensez-vous de la nomination d'Harry Roselmack ? Si vous êtes au Monde, c'est parce qu'il leur fallait un Arabe ?"

A plusieurs reprises, arrivant pour suivre un procès pour le journal, je me suis vu demander : "Vous êtes le prévenu ?" par l'huissier ou le gendarme en faction devant la porte du tribunal.

Le quotidien du journaliste ressemble tant à celui du citoyen. Depuis plusieurs mois, je cherche un appartement. Ces jours derniers, je contacte un propriétaire et tombe sur une dame à la voix pétillante : "Je m'appelle Françoise et vous ?" "Je suis M. Kessous ", lui répondis-je en usant de mon esquive habituelle. "Et votre prénom ?", enchaîne-t-elle. Je crois qu'elle n'a pas dû faire attention à mon silence. Je n'ai pas osé le lui fournir. Je me suis dit que, si je le lui donnais, ça serait foutu, qu'elle me dirait que l'appartement avait déjà été pris. C'est arrivé si souvent. Je n'ai pas le choix. J'hésite, je bégaye : "Euhhhhh... Mus... Mustapha."

Au départ, je me rendais seul dans les agences immobilières. Et pour moi - comme par hasard - il n'y avait pas grand-chose de disponible. Quand des propriétaires me donnent un rendez-vous pour visiter leur appartement, quelle surprise en voyant "M. Kessous" ! Certains m'ont à peine fait visiter les lieux, arguant qu'ils étaient soudainement pressés. J'ai demandé de l'aide à une amie, une grande et belle blonde. Claire se présente comme ma compagne depuis cet été et fait les visites avec moi : nous racontons que nous allons prendre l'appartement à deux. Visiblement, ça rassure.

En tout cas plus que ces vigiles qui se sentent obligés de me suivre dès que je pose un pied dans une boutique ou que ce vendeur d'une grande marque qui ne m'a pas ouvert la porte du magasin. A Marseille, avec deux amis (un Blanc et un Arabe) - producteurs du groupe de rap IAM -, un employé d'un restaurant a refusé de nous servir...

La nuit, l'exclusion est encore plus humiliante et enrageante, surtout quand ce sont des Noirs et des Arabes qui vous refoulent à l'entrée d'une boîte ou d'un bar. Il y a quatre mois, j'ai voulu amener ma soeur fêter ses 40 ans dans un lieu parisien "tendance". Le videur nous a interdit l'entrée : "Je te connais pas !" Il aurait pourtant pu se souvenir de ma tête : j'étais déjà venu plusieurs fois ces dernières semaines, mais avec Dida Diafat, un acteur - dont je faisais le portrait pour Le Monde - et son ami, le chanteur Pascal Obispo.

Fin 2003, je porte plainte contre une discothèque lyonnaise pour discrimination. Je me présente avec une amie, une "Française". Le portier nous assène le rituel "Désolé, y a trop de monde." Deux minutes plus tard, un groupe de quinze personnes - que des Blancs - entre. Je veux des explications. "Dégage !", m'expédie le videur. La plainte sera classée sans suite. J'appellerai Xavier Richaud, le procureur de la République de Lyon, qui me racontera qu'il n'y avait pas assez d'"éléments suffisants".

Que dire des taxis qui après minuit passent sans s'arrêter ? Que dire de la police ? Combien de fois m'a-t-elle contrôlé - y compris avec ma mère, qui a plus de 60 ans -, plaqué contre le capot de la voiture en plein centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes, ceinturé lors d'une vente aux enchères, menotté à une manifestation ? Je ne compte plus les fois où des agents ont exigé mes papiers, mais pas ceux de la fille qui m'accompagnait : elle était blonde.

En 2004, une nuit à Lyon avec une amie, deux policiers nous croisent : "T'as vu le cul qu'elle a !", lance l'un d'eux. "C'est quoi votre problème ?" rétorqué-je. Un des agents sort sa matraque et me dit en la caressant : "Il veut quoi le garçon ?" Le lendemain, j'en ai parlé avec Yves Guillot, le préfet délégué à la police : il m'a demandé si j'avais noté la plaque de leur voiture. Non...

En 2007, la brigade anticriminalité, la BAC, m'arrête sur les quais du Rhône à Lyon : j'étais sur un Vélo'v. On me demande si j'ai le ticket, si je ne l'ai pas volé. L'autre jour, je me gare en scooter sur le trottoir devant Le Monde. Je vois débouler une voiture, phares allumés : des policiers, mains sur leurs armes, m'arrêtent. Je leur dis que je travaille là. Troublés, ils me demandent ma carte de presse, mais pas mon permis.

Des histoires comme celles-là, j'en aurais tant d'autres à raconter. On dit de moi que je suis d'origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un "beurgeois", un enfant issu de l'immigration... Mais jamais un Français, Français tout court.

Mustapha Kessous

vendredi 25 septembre 2009

Humour noir...

jeudi 24 septembre 2009

Un prénom qu'on n'oublie pas...

I saw you...
Des rencontres et des occasions manquées.
Julia Wertz a rassemblé les mini histoires de nombreux artistes autour de cette thématique : Peter Bagge, Jesse Reklaw, Tom Hart, Sam Henderson, Laura Park, Emily Flake, Keith Knight, Janelle Hessig, Gabrielle Bell, Aaron Renier, Austin English, Corinne Mucha, Jeffrey Brown, Alec Longstreth, Minty Lewis, Joey Sayers, David Malki, Kazimir Strzepek, Ken Dahl, Shannon Wheeler, Shaenon Garrity, Rodd Perry, Damien Jay, Sarah Glidden, Abby Denson...



mardi 22 septembre 2009



A partir du 3 octobre, tous les samedis et dimanche à 12 h 50, TF1 diffusera « Un prénom en musique », un nouveau programme court d'une minute dix pour lequel André Manoukian prête sa voix, nous conte l'origine d'un prénom, son évolution et nous fait découvrir sa version musicale.

lundi 21 septembre 2009

Franz Bartelt

Un prénom pour tous les jours de la vie
Il n’y avait pas de soleil. À peine s’est-il brièvement dévoilé à Revin où le caprice m’avait installé devant un américain cervelas à la mayonnaise dont la digestion m’a coûté deux jours d’efforts passifs. Frites précuites et congelées en usine, cervelas congelé, pain congelé, le tout traversé par la course des engrais agricoles et des conservateurs alimentaires, un régal. Une bière en boîte a aidé au chargement.
À la table voisine, un petit garçon s’appelait Sean (prononcer : Chaune). Il manquait beaucoup de dents à sa maman, une grosse jeune femme avachie devant une merguez brillante comme de la confiture. Son plaisir, c’était d’apprendre au monde qu’elle avait un fils et qu’elle l’avait prénommé Chaune. En vingt minutes, elle a prononcé ce nom célèbre et prestigieux une bonne centaine de fois, sur tous les tons, pour tous les usages.
« Chaune, tiens-toi bien ! Chaune, ta merguez va être froide ! Chaune, il fait beau aujourd’hui ! Je te l’avais dit, Chaune ! T’as vu, Chaune, y a du monde ! »
Parfois elle criait, mais c’était seulement pour dire « Chaune » à voix beaucoup plus haute. On sentait que c’était là son unique fierté, la gloire de sa vie, et peut-être une forme de vantardise, comme quoi, dans ses rêves, elle fréquentait des gens d’une race supérieure, des milliardaires californiens, beaux comme des immeubles en verre, miraculeux comme des effets spéciaux, et récurrents, bien sûr, car le bonheur des malheureux fleurit dans la récurrence.
À un moment, un coup de vent a fait glisser vers ma table la serviette en papier du gamin. Je l’ai saisie au vol et je l’ai tendue à Chaune, qui s’est déplacé en se coulant le long du banc. Il avait le regard torve, la bouche de travers, les mains grasses. Il a pris la serviette, comme un voleur attrape un sac à main.
« Chaune, dis merci à monsieur ! » s’est écriée la mère.
Puis elle s’est tournée vers moi, dans un curieux mouvement qui empruntait à la fois au pivot et à la spirale, et elle a dit, alors que je ne lui demandais rien :
« Il s’appelle Chaune ! »
Arrondissant l’index droit au bout de mon pouce droit, dans le geste zéroïde des plongeurs sous-marins, j’ai félicité la dame de son choix, en soulignant mon compliment d’un clin d’œil plus que soutenu.
« Les Chaune ont bon caractère et ils réussissent dans la vie, m’a-t-elle expliqué. Ils sont séducteurs et romantiques, mais ce sont aussi des hommes d’action et des grands voyageurs.
Surtout s’ils sont nés sous le signe du Lion, en juillet.
– Il a tout, cet enfant, dis-je.
– J’ai tout fait aussi pour qu’il ait tout », soupira la mère en hochant la tête.
Chaune grignotait la merguez en se graissant la figure, jusqu’au front.
« Ça te plaît, de t’appeler Chaune ? ai-je demandé pour ne pas clore trop vite cette conversation.
– Non, bouda le môme.
– C’est un très beau prénom, pourtant, tu sais », ai-je insisté.
Puis, m’adressant à la maman :
« C’est vrai que c’est un très beau prénom.
– J’aime pas, râlait l’enfant.
– Et pourquoi t’aimes pas ? ai-je demandé.
– On m’appelle Chaune d’œuf. »
Il aurait fait moins beau, la mère se serait effondrée, en larmes.
« Les enfants sont méchants entre eux, dit-elle.
Mais ça passera. Faut voir l’âge. Et pis, Chaune, je vais te dire : t’as qu’à leur casser la gueule !
– Y sont plus forts. Et pis, c’est des grands.
– De toute façon, reprit la mère, Chaune d’œuf, ça veut rien dire et c’est bête, Chaune d’œuf ! Pis d’abord, c’est mieux que Mustapha dans ta culotte ! »
Elle a quêté mon approbation, que je lui ai concédée sans résistance.
« Chaune, y a rien de plus beau ! » a-t-elle affirmé en pointant l’index sur la moitié de merguez qui imbibait le papier qualité contact alimentaire.
Le gamin a haussé une épaule et s’est intéressé à autre chose. La mère est revenue vers moi :
« Je veux pas dire du mal, mais les gens par ici, y sont pas évolués du tout. »
Ce qu’elle m’a expliqué ensuite n’avait rien de formidable. C’était l’histoire d’une fille grosse et pas belle qui avait eu un petit garçon dont le père vivait maintenant dans une autre ville.
Toutefois, elle eut une phrase sublime, en montrant le gamin :
« Si jamais un jour y va en Amérique, en s’appelant Chaune, y s’ra comme tout le monde, et respecté. Y a qu’ici qu’on se moque des gens qui s’appellent Chaune. »


(Copyright Editions Gallimard, 2009)


vendredi 18 septembre 2009



A Bologne encore, la sala borsa est aujourd'hui une bibliothèque. Sur sa façade, des centaines de noms de personnes mortes dans les camps de concentration. Ces noms sont parfois accompagnés de photos imprimées sur des plaquettes de porcelaine d'une triste délicatesse.






jeudi 17 septembre 2009

De son séjour italien, Gaia a gardé plein d'images... Son road movie, un apprentissage, est ponctué de moments-clefs et notamment cette librairie bolognaise où elle a fait quelques emplettes avec l'argent de poche della nonna. La libreria dei ragazzi où la tchatcha éditrice s'est aussi régalée quelques jours plus tard, par hasard.

Son préféré, pour l'instant, Il prestigiatore verde, del famosissimo Bruno Munari dans lequel on recherche Alfonso...



dans des boîtes...


derrière des portes de papier...


Ecco Alfonso!




Du coup, le cousin Gaspard lui en a prêté un autre, du même auteur, en français.


Derrière la porte, des animaux aux prénoms rigolos dissimulent dans leur malle et autres cabas, d'autres bêtes de plus en plus petites.





mardi 28 juillet 2009

Gaia en vacances


Il y a un peu plus d'un an, nous partions avec ma fille Gaia pour la première fois dans le pays de papa, l'Italie. Elle commençait tout juste à reconnaître son prénom et à se retourner quand on l'appelait. Aujourd'hui, elle le prononce, fait semblant de ne pas l'entendre quand elle n'en a pas envie, le chante, le crie quand elle voit une photo d'elle ou quand elle se regarde dans le miroir...



video



Nous partons donc dans quelques jours pour présenter ses exploits.
Le blog, lui, reste à la maison mais sera ravi de recueillir vos messages !


samedi 25 juillet 2009

Clin d'oeil à Stéphanie

J'ai cru comprendre que cette robe de mariée portait le nom de Felix. Je suis sûre qu'elle t'irait à ravir, même si tu prétends ne pas aimer les froufrous. Quoi qu'il en soit, c'est un nom plein de belles promesses.



Le site de Franck Sorbier est parfait aussi.

dimanche 19 juillet 2009

Numéro 6

Un nom en forme de chiffre. Mais qui est Numéro 6 ? Certains ont pensé qu'il s'agissait de John Drake, héros de la série Destination danger, également créée par Patrick McGoohan...
Numéro 6, qui souhaite s'échapper du village où il est enfermé, n'aura de cesse de découvrir qui est le numéro 1... c'est ce qu'il demande au numéro 2, chargé de soutirer des informations à Numéro 6. Le numéro 2 n'a pas d'identité fixe : ayant échoué dans sa mission, il est systématiquement remplacé dans l'épisode suivant.
Peut-être la réponse à ces questions est-elle au générique, à une virgule près :
- Who is Number 1?
- You are(,) Number 6.





– Où suis-je ? (Where am I?)
– Au Village. (In the Village.)
– Qu'est ce que vous voulez ? (What do you want?)
– Des renseignements. (Information.)
– Dans quel camp êtes-vous ? (Whose side are you on?)
– Vous le saurez en temps utile... Nous voulons des renseignements, des renseignements, des renseignements. (That would be telling. We want Information, Information, Information!)
– Vous n'en aurez pas ! (You won't get it.)
– De gré ou de force, vous parlerez. (By hook or by crook, we will.)
– Qui êtes-vous ? (Who are you?)
– Je suis le nouveau Numéro 2. (The new Number 2.)
– Qui est le Numéro 1 ? (Who is Number 1?)
– Vous êtes le Numéro 6. (You are Number 6.)
– JE NE SUIS PAS UN NUMÉRO, JE SUIS UN HOMME LIBRE ! (I AM NOT A NUMBER, I AM A FREE MAN!)
– Muhahahaha !!! (rire sardonique)



Patrick McGoohan avait été pressenti pour jouer... 007, dans James Bond 007 contre Dr No. Il refusa ce rôle jugeant le personnage de James Bond incompatible avec ses critères moraux.

Connaissez-vous d'autres noms en forme de chiffre ou de nombre ?

samedi 18 juillet 2009

Tête de Raul